• Trop tard

    Il a parlé. Prévoyante ou légère,

    Sa voix cruelle et qui m'était si chère

    A dit ces mots qui m'atteignaient tout bas :

    "Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas !

     

    "Ne m'aimez pas si vous êtes sensible,

    "Jamais sur moi n'a plané le bonheur.

    "Je suis bizarre et peut-être inflexible ;

    "L'amour veut trop : l'amour veut tout un coeur

    "Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;

    "Ses fers jamais n'entraveront mes pas. "

     

    Il parle ainsi, celui qui m'a su plaire...

    Qu'un peu plus tôt cette voix qui m'éclaire

    N'a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :

    "Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas !

     

    "Ne m'aimez pas ! l'âme demande l'âme.

    "L'insecte ardent brille aussi près des fleurs :

    "Il éblouit, mais il n'a point de flamme ;

    "La rose a froid sous ses froides lueurs.

    "Vaine étincelle échappée à la cendre,

    "Mon sort qui brille égarerait vos pas."

     

    Il parle ainsi, lui que j'ai cru si tendre.

    Ah ! pour forcer ma raison à l'entendre,

    Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :

    "Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas. "


  • Commentaires

    1
    Volcane
    Mercredi 5 Octobre 2005 à 12:15
    Et si...
    l'amour était autre chose que des fers ? Et ci c'était au contraire ce qui délivre de tous les fers, ce qui libère ? Ce qui ouvre toutes les frontières, brise toutes les limites, explose le mur du son ?...Simple avis personnel.
    2
    Salomé
    Samedi 8 Octobre 2005 à 09:43
    Légende
    Un poème qui me rappelle une légende, l'Ice Maiden (soit demoiselle de glace)...
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